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 pull me out from inside / Maddox

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membre □ Suddenly, staring at nothing, I see it. All is gradual.


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Date d'arrivée : 26/09/2017
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MessageSujet: pull me out from inside / Maddox   Jeu 28 Sep - 21:53

(Elle ne l'aime pas. Elle trouve qu'il a l'air austère, elle déteste ce genre de personnes : celles qui sentent la glace et l'insensibilité, celles dont on doute de la présence d'une âme, celles qui font peur parfois, celles qu'on ne sait pas du tout par quel bout prendre. Et puis ses yeux sont trop clairs et trop grands, sa mâchoire trop carrée. Quand il porte son uniforme, c'est encore pire, Zelda en a des frissons, ça ne lui rappelle pas de bons souvenirs (chez les fermiers, de là où elle vient, la venue des flics n'est jamais bon signe, c'est pour quelque chose de triste ou de grave, une saisie, un trafic, la fin d'une exploitation). Il n'y a que sa voix qui est envoûtante, grave et teintée d'un accent différent d'ici, très différent de celui de Zelda, enfant de l'Arizona jusqu'au bout des ongles. Elle ne l'aime vraiment pas et elle fait tout pour l'éviter.)

Tout d'un coup la vie était presque deux fois plus belle : quand elle quitta la boulangerie à la fermeture, Zelda se sentit d'humeur beaucoup plus dispose, comme si le simple fait d'avoir dormi quelques heures de plus ces dernières nuits avaient suffi à rattraper le monceau de sommeil qu'elle avait en retard. Elle fila dans la salle de bain et prit une douche, première chose qu'elle aimait à faire lorsqu'elle arrivait chez elle, se changea pour enfiler une robe légère (le soleil avait tapé toute la journée) et redescendit dans la cuisine pour faire du thé. C'était quelque chose qu'elle avait gardé de chez elle : la cérémonie du thé, toujours essentielle pour clore une journée, pour se remettre d'une petite peine, pour se requinquer d'une mauvaise nuit ou pour discuter bien tranquillement. Elle allait pouvoir souffler un peu (la journée avait été chargée car Jodie et elle avaient dû commencer l'inventaire en même temps que de servir les clients), même si les nombreux articles qu'elle avait à boucler pour ce semestre préoccupaient la plupart de son esprit. La littérature et les langues étaient sa passion, mais parfois elles lui mangeaient jusqu'à la moindre parcelle de son existence — mais c'était un choix, et aujourd'hui, c'était trop tard. Renoncer à quoi que ce soit reviendrait à reconnaître une fausse route, et Zelda ne pouvait même pas imaginer la réaction de ses parents, alors. Non : elle traçait sa route, vaille que vaille.

Elle fit une théière pour Jodie également, et Clara si elle passait dans les parages — en vérité elle ne savait jamais comment se comporter avec l'adolescente, elle ne la mettait pas à l'aise, elle avait l'impression d'être une potiche à côté, elle ne savait pas lui parler alors elle faisait ce qu'elle savait le mieux, elle devenait transparente et aérienne comme un courant d'air et Clara ne semblait pas la remarquer outre mesure. Mais avec Jodie, c'était différent : Zelda l'aimait beaucoup et elle lui rendait bien, il y avait quelque chose d'entraînant dans l'énergie qu'avait cette mère de famille à la personnalité un peu bancale. Zelda avait vite compris que tout n'était pas si simple et que Jodie fonctionnait par périodes plus ou moins agréables, mais la jeune fille savait se faire à tout, elle avait appris à se fondre dans le décor et s'adapter à toutes les situations, alors elle profitait de la Jodie chaleureuse et prenait du recul avec la Jodie plus sombre, et les jours passaient les uns après les autres. De toute façon, elle lui était bien trop reconnaissante pour cette proposition d'hébergement qu'elle ne se trouvait pas légitime à critiquer son hôtesse. Si celle-ci n'avait pas eu le coeur sur la main, il était fort probable que Zelda ait atterri à l'hôpital pour épuisement chronique un jour ou l'autre.

(Elle se demande souvent ce qui a lié un jour ces deux étranges personnes, ce qui a cimenté leur couple et fait naître une famille des plus bancales. Elle déteste quand il est là, tout le monde est plus tendu, Jodie se durcit et Clara devient insupportable.)

Sa tasse en main, un livre dans l'autre et son ordinateur calé sous le bras, elle décida d'aller s'installer dans le salon et entra dans la pièce concentrée sur tout ce qu'elle portait ; tout d'un coup elle nota la présence d'une silhouette et sursauta, lâchant la tasse, sauvant de préférence l'ordinateur, et la céramique s'éclata sur le sol en inondant au passage ses pieds et le bas de sa robe. « Oh !!!... Je suis désolée, je ne vous savais pas à la maison, mon dieu, quelle idiote... » Elle se sentit parfaitement ridicule et ses joues rougirent sous le coup de la gêne, tandis qu'elle fit l'aller-retour pour chercher de quoi éponger le sol. « J'achèterai un nouveau mug à Jodie. Je... » Voilà : encore une fois sa présence la mettait terriblement mal à l'aise. Elle osa pourtant le regarder. « Je comptais m'installer ici pour travailler, mais je vous dérange peut-être ?... »

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ZELDA BLACKWELL
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MessageSujet: Re: pull me out from inside / Maddox   Jeu 5 Oct - 19:59

La journée passée dehors, à l’abri de la suffocation mais exposé à l’air mordant d’un début d’automne. Les rues ocres se teintent de grisaille, on voit moins loin, moins clair. Les petites frappes d’été sont rentrées chez elle et maintenant dans les quartiers, traînent les habitués. Toujours les mêmes dégaines, des moustaches un peu plus fournies, quelques dents en moins, de nouveaux tatouages dont ils se sont empreints. On connaît leur nom, on sait ce qui gît au fond de leurs poches, on sait la fumée qui leur ronge les poumons. Assis sur les bancs des parcs quand le soleil se couche, ces gangsters aspirants ont rempli la journée du flic.
A son habitude, il est parti tôt, pour réveiller le commissariat du ronronnement de la cafetière. Stratégique, il ne croise personne avant que la matinée n’ait délié sa langue et ouvert ses yeux. Alors il parle, ordonne, interroge. Un bon petit soldat dans son uniforme repassé.

Plus tard il pousse la vieille bagnole dans l’allée et se glisse silencieusement dans la maison vide. Le clébard est là, l’attend, lui sourirait presque ; la tendresse de cette vie routinière semble leur convenir à tous les deux. La bouffe qui chantonne en s’écrasant dans le bol en métal, le tumulte des babines plongées dedans et plus inquiétant, la douce vibration de la seconde voiture, celle qu’il ne veut pas voir. Elle l’envoie se planquer dans sa chambre, l’auto annonçant le retour de l’autre. De Zelda. Le nom est pour ses oreilles comme des ongles sur un tableau et la vision de ses cheveux roux s’agitant dans son dos lui fait vibrer les lèvres. L’invitée intrusive qui était bien trop discrète pour l’être réellement. Elle semble avoir deviné qu’il fallait l’éviter et il lui en veut pour ça. Il la déteste de toujours avoir une longueur d’avance, une idée de la situation, des solutions instantanées. Elle ne lui laisse pas le temps de lui expliquer, de frapper une table d’un poing et de lui montrer de quoi il retourne. Trop bien élevée, elle ne lui demande pas de faire le policier. Dépassé, agacé et honteux, il se cache alors, espérant que le problème disparaitra de lui-même et qu’un matin, la bagnole ne sera plus dans l’allée. Qu’elle sera partie pour de bon.
Il l’entend monter à l’étage et reprend possession de la maison lorsqu’il la sait dans sa chambre à elle, voisine de la sienne. Dans les escaliers elle a laissé quelque chose de sucré. Son parfum, et celui de la farine.

Les dossiers imprimés entre les mains, il se met à lire sur le canapé. De la poudre dans un appartement, à l’Ouest de la ville. Il reconnaît quelques noms, prépare l’intervention. Demain il menottera d’autres poignets.
Les images de l’arrestation future se suivent dans sa tête et s’il n’entend pas qu’on s’affaire dans la cuisine, c’est que Zelda le fait très silencieusement. Il ne remarque pas que la bouilloire s’affole et que les tasses s’entrechoquent. Les feuilles glissent entre ses doigts, ses sourcils se froncent sur un paragraphe épais, il prend des notes. Ses caractères manuscrits remplissent le coin du papier. Il est si concentré qu’il ne l’aperçoit pas directement, et qu’un temps, il ne trouve pas étrange la silhouette aux cheveux de feu qui s’avance dans sa direction. C’est le fracas de la céramique sur le sol qui lui fait lever les yeux. En un instant, elle a disparu et par terre, c’est l’inondation.

Il marmonne quelque chose, sa bouche ouverte et ses yeux surpris. Son front n’est que plis d’incompréhension surmontant un visage défait. Il la regarde revenir et s’affairer par terre. Sans vraiment s’en rendre compte, il s’est levé et la toise à présent. Touché par ses joues écarlates et sa précipitation, il s’avance pour l’aider mais lui tend une main vide et se ravise, confus. D’une voix que l’émotion aura rendue rauque, il ose. “Ça ira, ça ira, laisse ça.”
Ses excuses polies la suivent dans la cuisine et il rejoint le canapé, persuadé que l’instant est passé et que leurs vies pourront s’éloigner à nouveau et ne plus jamais s’entremêler. A peine a-t-il mis la main sur son dossier que sa voix claire s’élève dans le salon.

Alors elle est là, blanche, rouge et or, les yeux brillants d’un quelque chose qu’il ne connaît pas encore. Tellement fragile qu’il voit l’émotion parcourir sa peau, il sent la tendreté de sa chair, l’innocence de son souffle. Elle pose une question, veut s’imposer tout doucement, lui laisser le choix, s’en tenir à lui. Il se sent vilain, tout d’un coup, de créer cette frousse en elle. Quel diable peut-il bien être pour faire trembler une princesse ?
Fais ce que tu veux.” Il baisse les yeux, honteux de penser qu’il les a gardés sur elle trop longtemps. Les lignes s’agitent sur le papier, les mots ne veulent rien dire. Est-ce qu’elle s’est assise tout près ? Il sent le canapé s’affaisser à son côté. Le parfum revient, mélangé au shampoing qui imprègnent ses cheveux. Il les sait mouillés et sur cette idée il déglutit amèrement. Il continue de penser qu’avec une écaille si fine, elle doit être nue face au monde. Il voit à travers et à travers. Il peut la transpercer mais ne voit rien en elle. C’est un miroir, un mirage.
Quelques pages qu’il tourne, sans les regarder. D’un oeil il la surveille et ses pensées cavalent ailleurs. “Qu’est-ce que tu fais ?” Et le ton est un peu sec, d’habitude professionnelle. Il attend un peu trop avant de se reprendre et le regrette presque immédiatement. “Enfin, sur quoi tu travailles ? Je ne sais même pas ce que tu étudies.
Ses mâchoires refusent de sourire, tordues par la pudeur et l’embarras. Qu’est-ce que tu fous, Skinner ? Pour qui tu te prends ? Ca fait bien longtemps que t’es plus un chiard boutonneux. Des images qui lui reviennent froidement ; Jodie dans un bar, vingt ans plus tôt. Ses mains à lui, serrées l’une dans l’autre. Son visage écarlate, ses manières maladroites.

Il attend la réponse d’un air absent, plongé dans les papiers qu’il ne lit pas. Et Dieu qu’il aimerait qu’elle ne soit pas descendue. Qu’elle l’ait laissé tranquille et que jamais ils ne se soient aperçus.
Maintenant même le calme du salon est compromis.

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MessageSujet: Re: pull me out from inside / Maddox   Lun 16 Oct - 16:33

(Il a le regard perçant, qui scrute sans jamais faiblir, calculateur, comme la sonde d’une machine qui mesure les profondeurs de la terre. Une sensation détestable : Zelda ne sait jamais où se mettre, comment y répondre. C’est le regard d’un flic, froid et implacable, qui en a sûrement trop vu, qui n’a plus confiance. Parfois elle a presque envie de lui jeter à la figure qu’elle a encore tout son espoir, toute la beauté et la naïveté de sa jeunesse, mais elle ne le fait pas : elle a trop peur.)

Au fond elle ne savait même pas pourquoi elle a posé la question : quel diable l’avait prise, elle n’avait aucune envie d’étudier à ses côtés ! Mais dans sa chambre il faisait trop chaud, et Jodie lui avait bien fait comprendre : elle était ici chez elle, il fallait qu’elle se sente « à l’aise ». Relativement difficile pour une fille comme elle, habituée à la rudesse de la campagne, même si dans sa famille et chez elle aux environs, il y a toujours une forme d’entraide et de sois-chez-toi-comme-moi. Il lisait des papiers, et après tout, ce n’était pas en respirant dans la même pièce que lui qu’elle allait l’empêcher de se concentrer…

Prenant son courage à deux mains, Zelda s’installa à son tour dans le canapé, le plus loin possible de cet homme qui effrayait tous ses sens. Elle lui jeta un petit regard en coin et, par peur de croiser le sien, se concentra très vite sur l’écran de son ordinateur. Malheureusement, le silence oppressant et cette sensation de sentir l’air se solidifier et peser un peu plus lourd à chaque seconde lui ôta toute capacité de réunir ses pensées. Pourtant, elle avait l’habitude : travailler n’importe où, n’importe comment, elle n’avait pas fini première de sa classe pour rien, elle était une véritable machine et elle le savait. Mais l’air était étouffant et elle se sentait ses mains devenir moites ; elle ressemblait à une petite fille prise sur le fait d’une bêtise et se jugea d’un ridicule absolu. Elle sursauta quand la voix de l’homme retentit et brisa la tension de la pièce, et faillit lui répondre avec nervosité « Je travaille, ça ne se voit pas ? » ce qui n’était pas du tout son genre, doublé d’une bonne idée. Elle serra les dents en se demandant si parfois il était possible de disparaître quand on en avait tant envie. Ç’aurait été pratique.

« Je travaille sur ma thèse » souffla-t-elle alors, dans un murmure voilé de ce quelque chose qui la retenait tant devant cet homme étrange. (Elle ne peut même pas le regarder dans les yeux, il est trop intense : c’est sans doute ça, le réel problème, cette intensité qui émane de lui et la façon dont il pourrait l’anéantir.) « Sur la littérature anglo-russe du 19ème siècle, sur le rapport des auteurs avec leur nationalité et leur identité, le… »

Elle aurait pu continuer mais s’arrêta là. Non seulement si on la lançait elle pouvait tenir des heures sur le sujet, mais c’était devant un public averti — des camarades, des professeurs. Mais en plus devant lui tout cela n’avait plus aucun sens, c’était de la fumée, de la mystification, des questionnements intellectuels qui devaient sembler bien puérils aux yeux d’un homme qui avait pour quotidien la loi et ses délinquants.

« Et vous, vous travaillez sur quoi ? »

Ridicule. Ses joues s’enflammèrent en une seconde. Serait-ce pire si elle se levait et quittait la pièce ?

«… Je veux dire, enfin, c’est idiot. Vous n’avez sûrement pas le droit de me le dire. Les policiers répondent toujours cela. »

Elle se replongea tant bien que mal sur son écran, garni de signes minuscules, c’était un article sur Nabokov et son rapport à la langue française, cette dualité qu’il avait trouvé dans l’écriture et qui pouvait être un bon terrain d’approche. Mais les mots dansaient devant ses yeux et aucun d’entre eux ne semblait disposé à former un quelconque sens avec son voisin.

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ZELDA BLACKWELL
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